España por favor

Après la première claque (voir l'article d'hier) la réunion, qui avait du mal à trouver ses «marks» continuait en euros alors que Philippe aurait préféré que les chiffres annoncés par Claude soient des Francs.

Explications: Alors que nous entrons dans le vif du sujet et parlons de choses qui fâchent, l'argent, Claude nous a budgétisé notre projet, il est trois ou quatre fois supérieur au montant alloué par nos concepteurs. Il va falloir faire des économies (déjà entendu ailleurs), mais chez nous pas de fonctionnaires à virer, pas d'augmentation des impôts, et heureusement pas de chômeurs supplémentaires pour alourdir la note. Comme on dit dans le jargon des énarques parisiens, "nous allons brouiller les pistes, faire bouger les lignes, masquer certaines dépenses, retarder des échéances, recadrer, diluer" etc...mais nous nous sommes coincés.

Loin de Paris, dans notre petit coin de Provence qui sent si bon le thym et la lavande, et le pastis aussi, nous sommes comme tétanisés par la seconde gifle de Claude. A moins de trouver en dernière minute un sponsor, que dis-je, un mécène qui viendrait «gentiment» nous signer un chèque en blanc pour réaliser nos rêves, nous allons devoir nous mettre au boulot et revoir le projet.

Tout d'un coup la salle s'enflamme, "moi j'ai un copain qui pourrait le faire gratos", "mon voisin qui travaille là bas aurait bien des réductions", "si au lieu des poneys on mettait des ânes"...Les ânes c'est nous, il faut se rendre à l'évidence, le projet initial ne peut être tenu.

Dans un coin de la salle Claude nous regarde avec un air amusé et se décide à parler: "Ce qu'on peut faire...", nous aimons bien Claude, pas pour ses claques mais pour ses déclics, en quelques secondes il remotive les troupes: "On reprend tout à zéro, d'abord vous n'avez pas changé d'avis, le thème c'est toujours l'Espagne"? Philippe, qui est passé par tous les états, reprend un peu des couleurs: "Bien sûr" d'un ton si ferme qu'il rassure l'assistance.

Le jumelage entre Les Pennes Mirabeau et Villanueva de los Infantes (voir l'article) ayant eu lieu au mois de mai, les relations entre la France et l'Espagne sont au beau fixe, l'occasion pour Claude de nous apporter enfin une bonne nouvelle: "Maïté, en tant que présidente du comité du jumelage, a invité le Consul espagnol pour le Mondial, normalement il devrait être parmi nous".

Applaudissements à tout rompre des spectateurs que nous sommes devenus, suspendus aux lèvres d'un autre magicien pennois: "Par contre", là on aime moins, Philippe évacue les cardiaques et en bon infirmier se renseigne sur le défibrillateur le plus proche, "Toute la partie artistique de la Porte des Etoiles ne sera pas là". Comment pas là? Depuis des années ils animent la soirée qui a fait la renommée du Mondial, les chanteurs, les danseurs, ils sont fâchés, ils ont été mal reçus?

"Non" rétorque Claude, "nous avons signé un gros contrat avec le ville de Lyon dans le cadre d'un projet novateur que nous mettons en place, nous ne pouvons pas faire autrement".

Et le soufflet retomba! Pas pour longtemps car l'heure tourne et nous avons de nombreux points à éclaircir, aussi Claude continue: "Toujours dans le cadre de la soirée espagnole j'ai un groupe Sévillan de première pointure que je peux faire venir, vous verrez, c'est du top".

Un ouf de soulagement est poussé dans la salle, Jean ouvre les fenêtres, Marie-Jo prend une feuille en guise d'éventail "Voilà ce qu'il nous faut pour les récompenses" s'écrit-elle et les filles d’acquiescer, Josy, en panne d'inspiration jusque là, pourrait bien rebondir sur les éventails en lieu et place des masques vénitiens de l'an passé.

A partir de ce moment tout va aller très vite, Claude nous prêtera ses jeux en bois, moins nombreux que ceux prévus mais gratuits, nous ne pouvons pas faire l'impasse sur la structure gonflable, véritable tour de Babel pour les automobilistes de la départementale. Le Poney club des Pennes serait ravi de se faire un peu de pub en déplaçant ses animaux, là aussi ce sera gratuit, finalement il nous resterait un peu d'argent pour la ferme pédagogique qui plaît tant aux enfants. Ou alors investir dans le maquillage aérographe, beaucoup plus beau et plus rapide que le maquillage traditionnel.

Christian a une idée de génie en proposant une tombola gratuite avec un bulletin d'inscription qui nous donnerait des enseignements fiables sur le profil des spectateurs. Quelques pingres s'accrochent à des lots digne d'un loto du 3eme âge mais Christian soudainement se lâche:"Non, pour attirer du monde il faut quelque chose de beau, un voyage, deux jours à Eurodisney, un passage en Corse sinon les gens s'en foutent".

Personne n'ose contredire Christian vu que c'est lui qui signe les chèques, on fonce!

Il ne reste plus qu'à régler les détails du repas du samedi soir, il sera revu et corrigé par Charles Cortés façon espagnole, tapas, des côtelettes de porc cuites avec des pommes de terre, pour terminer le manchego, un des fromages le plus exporté d'Espagne.

Loïc qui, entre deux cigarettes, trois coups de fil et quelques jeux sur son portable, a pourtant bien suivi les débats, intervenant plusieurs fois fort à propos, nous sort la phrase qui tue, peut-être due à la fatigue:"Ah! Mais c'est une soirée espagnole pour le Mondial". Gros éclats de rire et applaudissements nourris, il est temps de reprendre nos activités normales comme dirait PPD à la fin des guignols.

Cette fois ce ne sera pas nous les guignols, en peu de temps nous avons remis le projet sur de bons rails, il est à peine 22h00, l'heure à laquelle les espagnols commencent à sortir.

Nous allons devoir faire des efforts d'adaptation et apprendre à hablar español.



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